Les artistes de la matière - Kunstenaars met materie
Par Michel Bamia, mardi 8 décembre 2009 à 14:09 :: General :: #46 :: rss
A propos de 3 artistes en résidence à Bajidala du 30 Novembre au 8 Décembre 2009 - Naar aanleiding van het verblijf van 3 kunstenaars in Bajidala van 30 november tot 8 december 2009
Dans un retentissant essai (L’Art de la friche), Jean Loup Amselle avait pointé du doigt la fonction désormais attribuée à l’Afrique dans le monde de l’art contemporain : un « espace de recyclage et de purgation des passions occidentales » Il donne des exemples : « la fixation sur la pellicule de cadavres d’immeubles offre … la possibilité de constituer une esthétique de la ruine, un enrobage du désastre guerrier ou économique » et il poursuit « le chantier de démolition, la ruine, le décati, le désossé, le bombardé, le dynamité, l’explosé, tout cela pourrait bien représenter l’avenir de l’exotisme en ce troisième millénaire commençant ». Et cet exotisme là a son continent : l’Afriche (dit Amselle en un jeu de mots douteux) : « les villes paupérisées du Sud pourraient bien constituer un refuge pour l’imaginaire, un espace de liberté, et un terrain d’aventure dans lequel les Occidentaux auraient la possibilité de se ragaillardir ».
In een opzienbarend essay (L’Art de la friche), heeft Jean Loup Amselle gewezen op de functie welke voortaan wordt verleend aan Afrika in de hedendaagse kunst : een « espace de recyclage et de purgation des passions occidentales » Hij geeft voorbeelden : « la fixation sur la pellicule de cadavres d’immeubles offre … la possibilité de constituer une esthétique de la ruine, un enrobage du désastre guerrier ou économique » en hij vervolgt « le chantier de démolition, la ruine, le décati, le désossé, le bombardé, le dynamité, l’explosé, tout cela pourrait bien représenter l’avenir de l’exotisme en ce troisième millénaire commençant ». En dit exotisme is gesitueerd in een werelddeel : l’Afriche (stelt Amselle in een twijfelachtige woordspeling ) : « les villes paupérisées du Sud pourraient bien constituer un refuge pour l’imaginaire, un espace de liberté, et un terrain d’aventure dans lequel les Occidentaux auraient la possibilité de se ragaillardir ».

Hilde au travail avec Diallo (de Bajidala)
Le Mali est l’un de ces territoires privilégiés par les artistes occidentaux pour leurs expériences de recherche d’un exotisme qui les « bouleverse » : photographes fixant la misère des handicapés, écrivains s’extasiant devant l’ « esthétique du vide » (Antonin Potoski), peintres ou sculpteurs venus chercher ici « fraîcheur », l’« authenticité » , « d’autres couleurs et d’autres tonalités », « les traces d’un art ancestral ». Démarches souvent ambigües, attitudes compassionnelles, regards obturés par de solides outils idéologiques (anti néo-colonialisme, altermondialisme, charité, ..). Tout cela sert bien peu l’Afrique, et ses habitants.
Mali is voor de westerse kunstenaars een geliefkoosd terrein voor het beoefenen van hun onderzoeksexperimenten rond een exotisme welke hen ‘overweldigd’ : fotografen die het leed van de gehandicapten vastleggen, schrijvers die in verrukking staan voor het «esthétique du vide» (Antonin Potoski), schilders of beeldhouwers die hier «fraîcheur», de «authenticité», «d’autres couleurs et d’autres tonalités», «les traces d’un art ancestral», zoeken. Vaak dubbelzinnige pogingen, meevoelende houdingen, verblinde blikken door stevige ideologische begrippen (anti neo-kolonialisme, anders-mondialisme, liefdadigheid,…). Al dit heeft weinig nut voor Afrika, en zijn bewoners.

Hilde Metz et son collier de crocodile
Elles ont débarqué à trois à Bajidala : Hilde Metz (de Anvers), Maria Hees (d’Amsterdam) et Marian Bijlenga (d’Amsterdam). Trois artistes qui travaillent là bas sur le textile, le cuir, le métal, le crin de cheval, pour réaliser des choses délicates et subtiles, en d’étonnants rapprochements de matières. Point d’idéologie dans leurs approches artistiques, juste la quête de matériaux nouveaux pour mieux « recréer des mondes ». L’exposition « Regards sur fétiches », tenue à Bajidala, avait déjà exploré les étranges matières qui donnent vie aux fétiches traditionnels, suggérant d’autres voies esthétiques, un autre rapport à la matière. Les facteurs de « boliw » (terme bambara que je préfère à fétiches, trop connoté négativement) arrangent toutes sortes de matériaux pour leur donner un sens. Cela suppose une attention soutenue sur tous ces matériaux.
Met drie zijn ze naar Bajidala gekomen: Hilde Metz (Antwerpen), Maria Hees (Doetinchem) et Marian Bijlenga (Amsterdam).
Drie kunstenaars die in eigen land werken met textiel, leder, metaal, paardenhaar, om verfijnde en subtiele voorwerpen te realiseren in verrassende met elkaar in contact gebrachte materies. Hun uitgangspunt in hun artistieke benadering is de zoektocht naar nieuwe materialen om zo beter «recréer des mondes». De tentoonstelling «Regard sur fétiches», welke loopt in Bajidala, heeft reeds de eigenaardige materies onderzocht die de traditionele fetisjen doen ontstaan en suggereerde andere esthetische wegen, een ander verband met de materie. De elementen van de «boliw» (term uit het Bambara hetwelk ik verkies boven fetisj, woord dat teveel negatieve conotaties heeft) brengen verschillende soorten materiaal samen om hun zo een betekenis te geven. Dit veronderstelt een door al deze materialen gedragen aandacht.
Chaque matin, très tôt, à l’heure où la température est la plus douce, les 3 partent dans la ville et dans la campagne : elles en ramènent toutes sortes de matériaux glanés au hasard des chemins et des rues : écailles de poissons, morceaux de cuir mangés par les termites, graines multicolores, poils d’animaux, branches d’arbres, feuilles. Moisson de matériaux pour les créations de la journée. Pas d’exotisme de pacotille dans tous ces objets créés, mais le souci de réagencer les choses pour construire de beaux objets. Elles construisent leurs « boliw », sans le savoir, sans vouloir à tout prix faire « africain ». Leur exploration des matériaux est exploration du monde.
Elke ochtend, zeer vroeg, op het moment van de dag dat de temperatuur het zachtst is, trokken de drie kunstenaars naar de stad en in landelijke omgeving : zij verzamelden allerlei materialen, toevallig bijeengeraapt op de wegen en in de straten: vissenschubben, stukken leder stukgebeten door termieten, veelkleurige granen, beestenhuiden, twijgen , bladeren. Een oogst aan materialen voor de creaties van de dag. Geen exotisme van rommel in deze vervaardigde voorwerpen, maar de zorg om zo mooie objecten te maken. Zij scheppen hun «boliw», zonder het zelf te weten, zonder ten allen prijzen «Africain» te doen. Hun ontdekking van de materialen is een ontdekking van de wereld.

Maria Bijlenga avec ses poissons et ses crapauds
Le travail des hommes ne les laisse pas indifférentes : travail de l’artiste de bogolan ou du forgeron. En une vraie confrontation. Alors elles se mettent à travailler avec ces hommes et ces femmes. Elles connaissent bien le prix d’un geste technique sûr. Alors elles n’hésitent pas à le solliciter. Et voilà notre forgeron de Ségou Koura, habitué à fabriquer des gamelles, réparer des charrettes ou produire de petits fourneaux : le voilà qui fabrique un bijou avec Maria, puis deux, puis trois. Il y a du vrai plaisir dans cet échange où s’opposent design et savoir faire technique. Le résultat n’en est que plus heureux. Le fabricant de « sirabaraw » (boites de tabac traditionnel en peau de vache) est enrôlé aussi dans l’aventure : heureux d’apporter sa technique. Les hiérarchies des savoirs ne sont pas celles que l’on croit. Il y a tout simplement pas de hiérarchie.

'' Maria présentant son collier''
Het vakmanschap van de mensen laat hen niet onverschillig : het ambacht van de bogolan-artiest of van de smid. In een ware confrontatie. Zij hebben zich met deze mannen en vrouwen aan het werk gezet. Zij kennen de waarde van een vaste technische handeling. Zij aarzelen niet hen om medewerking te vragen. En zo is onze smid van Ségou Koura, handig in het vervaardigen van eetketeltjes, het herstellen van karren of in het produceren van kleine ovens, overgegaan tot het vervaardigen van een juweel met Maria, daarna een tweede, een derde. Deze uitwisseling is echt verheugend.te noemen. Een oppositie van design en technische vaardigheid. Het resultaat is niet minder verblijdend. De vakman van «sirabaraw» (traditionele tabakdoosjes in koeienhuid) is ook in het avontuur betrokken : blij zijn technische kennis in te kunnen brengen. De hiërarchie in de kennis is niet deze welke men voorhoudt of gelooft. Er is gewoonweg geen hiërarchie

Maria Hees avec le forgeron de Ségou Koura
J’ai bien aimé la démarche de ces 3 artistes, faite à la fois d’humilité et de sympathie. Travailler ensemble. Vivre les choses ensemble, avec respect. Ah qu’on est loin de l’Afriche ! Elles ne sont pas venues ici en quête d’exotisme, simplement en recherche. Forcément cette ouverture conduit à de belles rencontres. Leur goût pour la matière les y conduit naturellement, avec douceur. Comme il existe les peintres de la lumière, ou les maîtres de la couleur, nos trois amies sont artistes de la matière.
Ik heb de nederige en sympathieke pogingen en de stappen van de drie kunstenaars zeer graag. Samenwerken. De dingen samen beleven, met respect. Ach, hoever is men dan van ‘l’Afriche’ ! Zij zijn niet gekomen naar Mali op zoek naar het exotisme, zij zijn enkel op zoektocht. Deze houding leidt naar mooie ontmoetingen. Hun smaak voor de materie brengt hen daar op een natuurlijke en zachte wijze heen. Zoals er schilders zijn van het licht of meesters van de kleur, zo zijn onze drie vrienden kunstenaars met materie.

Taxinomie de Maria Bijlenga
J’ai été heureux de vivre tous ces moments là avec elles.
Ik was gelukkig deze momenten samen met hen te kunnen beleven.
Michel
(avec la complicité de Koenraad pour la traduction en néerlandais)
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