De retour de Dakar, où il était allé pour la Biennale Dak’Art 2008, Ladji, jeune artiste burkinabé de 21 ans s’est arrêté quelques jours à Bajidala, comme ces pigeons voyageurs obligés de se poser pour se reposer et reprendre des forces dans leur long et pénible périple : Ladji ne faisait pas partie de la sélection officielle des artistes et ne pouvait donc prétendre aux confortables conditions de voyage et de séjour des « artistes officiels ». C’est en autobus qu’il aura parcouru les 5000 km pour Bobo Dioulasso – Dakar et retour.

Ladji a longtemps été un enfant des rues : par choix ! Il préférait la liberté de la rue aux enfermements de l’école, au grand désespoir de son père, mais avec la compréhension de sa maman. Il rencontre l’association La Soupape Ailée grâce à Yacine Sissoko, animatrice de cette association qui reçoit les enfants et leur donne le goût de l’art et de la création. Autre rencontre : celle de Marika Leccia, artiste qui le prend en mains et lui donne le goût de la création artistique. A la mort de sa maman Maimouna Sanogo, Marika devient la seconde mère de Ladji.

Le premier dessin de Ladji

Ladji m’avait été présenté il y a de cela plus de 2 ans maintenant par Rose Guinard, alors chargée de communication au CCF de Bobo. Le caractère du jeune homme, à la fois fantasque et résolu, en faisait un artiste prometteur. La qualité du travail fourni sur ces deux années en atteste : il a notamment réalisé la série « les enfants soldats » (plus d’une trentaine), statues de papier maché. Il a aussi monté des spectacles de contes, et des spectacles de rue avec des marionnettes géantes. Dak’Art a été important pour lui : l’occasion de découvrir toute la création contemporaine dans les arts visuels, et aussi de voir d’autres artistes. En Europe on imagine mal la difficulté pour les jeunes artistes à connaître le monde de l’art contemporain : pas de centre de documentation, pas de bibliothèque, peu d’expositions. Cela conduit à un art souvent convenu, faute de confrontation avec les autres artistes et faute d’un public intéressé. La Biennale de Dak’Art est donc un moment essentiel pour les jeunes artistes comme Ladji, toujours en recherche. Ladji s’est rempli d’images et d’émotions pendant tout ce mois de Mai passé à Dakar , et aussi de rencontres . Pendant plusieurs jours il a sillonné les rues de Dakar avec Joe Ouakam : un moment exceptionnel pour Ladji ! Ceux qui connaissent le monde artistique de Dakar ne seront pas étonnés que ces deux là se soient rencontrés.

Ladji travaillant à Bajidala

A Bajidala, Ladji a réalisé 2 sculptures en papier maché : BATILE ani FASU, le soleil-mère et la lune-père, principe féminin qui nourrit le monde, et principe fécondant pour la survie du monde. Pour Ladji, toutes ses œuvres, mêmes les plus banales, prennent de l’importance dans son imaginaire, et participent du monde idéal de l’art dont il voudrait bien voir l’avènement. Pour réaliser sa sculpture, Ladji a d’abord formé une masse d’argile, qu’il a par la suite soigneusement recouverte de plusieurs couches de papier, patiemment, avec minutie. Ces œuvres ne sont pas majeures, mais elles sont un témoignage d’amitié précieux .

Ladji et son chapeau …

Ladji est reparti pour Bobo, toujours par le bus : il n’est plus qu’à 400 km de chez lui. Il est reparti pour de nouveaux rêves de liberté : Ladji voudrait bien d’un monde où les frontières seraient abolies, un monde qui n’enferme plus les hommes et leur assigne une place, souvent définie par leur carte d’identité. C’est pour cela qu’il se veut homme sans papier : c’est ce qu’il revendique pour lui-même et pour tous les autres hommes.

Michel BAMIA, le 22 Juin 2008

Site Ladji : (http://www.lasoupapeailee.org/artistes/ladji/index.html) Mail : hommesanspapier@gmail.com