LOUIS XVI Roi de Ségou ?
Par Michel Bamia, lundi 16 juin 2008 à 20:18 :: General :: #39 :: rss
Billet d'humeur à propos de l'usage immodéré de la balustre Louis XVI dans certains constructions de Ségou .....
Ségou peut légitimement s’enorgueillir de posséder un patrimoine architectural de tout premier plan. L’ensemble du Quartier Administratif rassemble l’ensemble le plus complet et le plus homogène de l’architecture dite néo soudanaise : l’actuelle Mairie ou la Maison du Gouverneur sont les exemples les plus remarquables, mais d’autres bâtiments, comme l’école du Groupe Central sont tout aussi intéressants : fonctionnels et élégants. Ils reprennent beaucoup de motifs décoratifs de l’architecture soudanaise en terre. On voit mal ce que l’on cotoie tous les jours . Les Ségoviens en arriveraient à oublier qu’ils ont sous les yeux l’ensemble le plus remarquable d’Afrique de l’Ouest.

La Maison du Gouverneur à Ségou : le plus pur style néo soudanais ...
Cette tradition de l’architecture est bien avant la période coloniale : les quelques gravures ou dessins faits antérieurement nous montrent des maisons soudanaises en terre rouge aux motifs décoratifs d’une grande beauté ou des bâtiments d’une grande élégance. Ainsi le palais d’Amadou : une gravure nous montre un édifice de grande taille. Il a malheureusement disparu, détruit par l’administration coloniale, dès les premiers temps de la colonisation, pour faire disparaître le symbole de la puisssance bambara.

Palais d’Amadou Roi de Ségou (détruit au tout début de l'ère coloniale)
D’autres bâtiments ponctuaient le paysage urbain : ainsi la maison du griot Sountoukou ; la façade de cette maison a été reconstituée à Ségou Koura pour servir de magasin de vente à l’Association des femmes de Sinenjisigi pour y vendre leurs productions de bogolans. Le maison Thiam est l’un des rares témoins du Ségou ancien en terre rouge.
Depuis quelques années, on assiste à la renaissance du banco rouge, avec des constructions, plutôt à usage commercial , qui renouent avec la somptueuse architecture de terre qui est la signature de Ségou. Boubacar Doumbia, du Ndomo à Pélengana, a été de ces courageux promoteurs qui ont lancé le mouvement : il a été rejoint par d’autres, et c’est vrai, que l’on voit à Ségou fleurir à nouveau les constructions en banco rouge . La rénovation menée dans le quartier somono relie le Ségou moderne au Ségou historique. De cette redécouverte il faut se féliciter , c’est renouer ainsi avec le glorieux passé de la ville.

Magasin des femmes à Ségou Koura reconstituant la façade de la maison du griot Sountoukou (1861)
Ségou est ville d’architecture ! La responsabilité des architectes et maîtres d’œuvres y est donc historique : construire un édifice à Ségou n’est pas un acte banal. Cet acte se doit d’être fidèle à cette tradition plus que séculaire, en y intégrant aussi les audaces et créations de notre temps si cela est heureux . Et ceux qui nous infligent des horreurs architecturales prennent une lourde responsabilité, car, par définition, un bâtiment est fait pour durer, et construire est donc un acte de responsabilité envers les générations futures : c’est ce que nous leur lèguerons ! Malheureusement ces horreurs architecturales sont légion. N’a-t-on pas vu récemment un « artiste » construire son atelier de telle sorte qu’il ne puisse jamais voir le Niger de son atelier, et pour être certain de ne jamais apercevoir l’incomparable panorama du Niger à Ségou construire une cuisine et des toilettes pour cacher définitivement la perspective ! Sidérant ! Bien sûr la solution du banco rouge n’est pas forcément adaptée à tous les besoins de construction actuels. Le ciment et le béton peuvent aussi être des matériaux qui permettent une véritable expression « architecturale ». Ce qui est impardonnable, c’est le mauvais gout ou l’anachronisme !
Je vais prendre un seul exemple ! Alors que l’art soudanais propose des motifs décoratifs de grand intérêt, conformes aux principes esthétiques traditionnels de la société malienne, on voit certains maîtres d’œuvres utiliser la balustre Louis XVI ! Ce type de balustrade a été introduit en France sous l’Ancien Régime, avant la Révolution : je remarquais l’autre jour sur l’Avenue de l’An 2000 un bâtiment en construction usant sans retenue de ce principe décoratif ! Faute de goût ! Faute d’éducation, me direz vous ! Par quel détour culturel peut on être amené à utiliser un motif décoratif qui n’a rien à voir avec Ségou, bien au contraire.

Motif bambara (?) de la Région de Ségou (2008) (emprunté au catalogue de la Sedap, que mes amis nantais de la Sédap me pardonnent !)

Louis XVI doit être heureux ! Les Rois bambaras doivent se retourner dans leur tombe !
La Révolution française a supprimé la féodalité. Dans le cas de ce promoteur, il y a assurément inféodation à un mauvais gout venu d’ailleurs. A moins que son projet ne soit plus politique , peut être veut-il faire oublier les Rois Bambaras de Ségou, pour rétablir sur le trône de la Cité des Balanzans le Roi que les Français ont guillotiné le 21 Janvier 1793. C’est sûr les rieurs vont être de son coté.
Vive la Révolution ! Vive l’architecture ségovienne ! Mort à la tyrannie du mauvais goût et à la balustre Louis XVI !
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