Exposition à compter du 20 Janvier LA POSSIBILITE DU BONHEUR 4 Artistes posent leur regard sur la modernité
Par Michel Bamia, dimanche 20 janvier 2008 à 11:07 :: General :: #35 :: rss
A la délectation occidentale des malheurs de l’Afrique, si nécessaire pour alimenter le marché de l’humanitaire et de la bonne conscience, nous avons voulu opposer 4 visions de la modernité, proposées par des jeunes artistes maliens et burkinabés : ils nous proposent tout simplement l’image d’un bonheur, le leur.
L’information qui inonde quotidiennement nos vies est bien peu réjouissante : le spectacle du monde n’est que violence, guerre ou famine. Et au premier rang, comme par délectation, on ne retiendra que cela pour l’Afrique. Il n’est évidemment pas question de nier les funestes cortèges qui parcourent le continent. Comme pour satisfaire à l’appétit du sensationnel, du lugubre, de l’horrible, du déglingué, du mortifère ou du douloureux, le discours de nombreux artistes contemporains « à message » s’oriente le plus souvent sur ce terrain : ils mettent en scène la souffrance, la violence, la fin du monde, l’éclatement social, etc. Ils trouvent d’ailleurs en Afrique tout le matériau pour conforter ce type de discours. C’est l’Afriche, comme l’a théorisé Jean Loup Amselle, philosophe de l’art, en un jeu de mots douteux.
Mais, à ne retenir que cela, il ne nous resterait qu’à céder définitivement à la désespérance ou à la compassion, justificatif si nécessaire au marché de l’humanitaire. Nous prétendons que ceux qui vivent ici prétendent à d’autres raffinements.
Certes les conditions matérielles, l’éducation, la santé sont sources quotidiennes de difficultés, et la vie est dure, trop dure, pour beaucoup. Il n’empêche qu’il existe bel et bien une aspiration au bonheur, à quelque chose de paisible, à un lien social dense. Mais elle ne se transforme pas forcément en une revendication militante, ou en une fuite éperdue vers la consommation.
La dignité ou l’élégance ne se mesurent pas avec les indices officiels des organisations internationales, ou à l’aune du taux de croissance du PNB, le bonheur non plus. Chez les 4 artistes sélectionnés ici, nous retrouvons la continuité opposée à l’éphémère, le dépouillement plus que l’abondance, la tranquillité plus que l’étourdissement. Tous sont autodidactes, et il y a en chacun d’eux, un peu du Diogène jetant son écuelle pour boire l’eau dans le creux de sa main. Ils nous proposent le bonheur, cet idéal de l’imagination (Kant) dans un monde serein : harmonie, bien être. Point de possessions jalouses, mais au contraire le plaisir d’être ensemble. Cela ne les empêche pas d’être lucides, de savoir que le monde n’est pas exactement comme on voudrait qu’il soit.
Ils nous invitent pourtant de manière douce à nous questionner sur notre bonheur à nous : et si celui-ci était en nous ? Dans nos têtes .Un autre monde est possible …rêve Nestor Et en même temps, il lui donne un début de réalité, avec ses 3 compères.
« Le bonheur a des ailes » (Damoclès Vieux). Il prend ici son envol.
MAMA FAMATA (de Ségou au MALI)
Mama est né à Koulensé dans la province de Djenné, au bord du fleuve NIGER, dans une famille BOZO (le peuple du fleuve). Très jeune, il est orphelin de père et de mère. Son métier c’est la pêche. Mais la pêche est dure dans le Niger, alors voilà 8 années environ qu’il est venu à Ségou où il est plongeur dans le lit du fleuve pour ramener au rivage le sable de construction. Un métier dur ! Depuis tout petit, il dessine sur des morceaux de papier, et Bajidala lui a donné la possibilité de découvrir la peinture : depuis plusieurs mois, presque tous les jours, il vient ici travailler, et peu à peu couche sur la toile son univers quotidien. Il est heureux de peindre. Il le fait avec application et tendresse. Mama ne connait pas son âge, pas plus qu’il n’est inscrit à l’Etat civil : il avait bien quelques papiers, nous dit-il, mais ils ont coulé avec sa pirogue. Nous pensons qu’il doit avoir entre 35 et 40 ans.
Mama FAMARA devant son Vélo (peinture sur toile)
NESTOR DA ( de Bobo Dioulasso au BURKINA)
Nestor est né à Abidjan (Côte d’Ivoire) en 1982 et revient très jeune à Bobo Dioulasso. Le gosse court les rues et s’intéresse à tout le petit monde animé de la ville, mais pas trop à l’école. Il préfère fréquenter le Centre culturel RAADGA qui est pour lui l’occasion de découvrir le monde de la culture. Sa chance il la devra à Royal de Luxe La troupe est de passage à Bobo : Gaelle, comédienne, touchée par la vivacité du gamin lui laissera son premier appareil photo, un petit argentique. Le début du bonheur …. Il peut alors gagner un peu d’argent en photographiant mariages et baptêmes. Et un jour, il peut enfin se payer son appareil numérique. Avec les photos refusées par les clients, il commence faire des petits montages en les découpant. Cela lui donnera l’envie d’en faire un véritable mode d’expression, celui qui est présenté ici aujourd’hui. Autres rencontres déterminantes pour Nestor : Rose Guinard et Nadège Chouat (du CCF de Bobo) qui en découvrant le travail de Nestor l’encourageront à pousser plus avant son travail de création : c’est la première exposition de Nestor.
Christ Fiction - Photographie de Nestor DA à partir de collages et peinture
Nestor DA
CHEIK OUMAR BALLAYRA ( de Bamako au MALI)
Cheik Oumar est né à Bamako (Mali) en 1975 dans une famille d’ouvriers. Il fréquente un peu l’école. Dès 7-8 ans, le petit Cheik commence à fabriquer des miniatures, d’abord des petits hélicoptères, ensuite des petits vélos à partir de boites de conserves récupérées. A 18 ans, il construit sa première voiture : une Morgan ! Elle sera vendue au Grand Hôtel par un ami et connait un certain succès : il se lance alors dans la fabrication de toutes sortes de voitures : des 2 CVx, des DS, des Tractions, des camions, et même des avions. C’est auprès des Ambassades et des ONG internationales qu’il trouve ses premiers clients . En 2002, il est repéré par le Ministre de la Culture, Cheik Oumar Sissoko : il lui facilitera une Exposition à Luxembourg en 2005, puis une autre en 2007 à Bamako au Mémorial Modibo Keita. C’est avec un matériel de fortune que Cheik Ouma travaille : du simple fil de fer et des feuilles de plastiques, de la colle et de la peinture et c’est tout ! Il travaille à partir de photos pour ses maquettes : la reproduction est peu fidèle, les proportions sont à peine respectées, mais c’est ce qui en fait toute la poésie : il interprète un monde technique pour nous le rendre familier.
Voitures de Ballayra - Maquettes en fil de fer et plexi
Ballayra dans son atelier de travail
SAMBO BOLLY ( de Ouagadougou au BURKINA)
SAMBO est né à Bam (Burkina) dans une famille peulh vers 1960. Il ne fréquente que l’école coranique. A 22 ans, il part pour l’aventure : in fine il s’installera à Ouaga comme vendeur d’artisanat. Pendant ses loisirs, par plaisir, Sambo se met à peindre : il garde ses toiles sans jamais les montrer, malgré les encouragements d’autres artistes comme Blaise Patrix ou Janvier (peintre suisse) . En 1998, c’est la première Exposition de Sambo : en Suisse ! Mais toujours, Sambo restera un peintre discret : il expose pourtant un peu partout : France Suisse, Niger, Sénégal, Côte d’ivoire, Burkina bien sûr. C’est que sa peinture est sans doute d’un abord peu aisé et demande beaucoup d’attention. Peintre prolifique, il exprime sa vision du monde, celle d’un homme ancré dans sa tradition peulh …
Traces - Peinture de Sambo BOLLY
Sambo BOLLY
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